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Histoire 02
Histoire 02
Hemley Boum

1/ L’auto-stoppeur de Bois Joli

Théo : Je fais partie d’un programme scientifique appelé Projet Anticipation, qui consiste à modifier des évènements du passé pour améliorer l’avenir. Et je voyage dans le temps.
Vieille mère et ses sœurs m’ont sauvé la vie. Elles étaient les scientifiques les plus brillantes et les plus en avance de leur époque. Lorsqu’elles ont compris que le monde ne survivrait pas à la folie des puissants, elles ont construit au cœur du désert du Sahara, dans un bunker à plus de cent mètres sous terre, une ville protégée où elles accueillent et forment les voyageurs comme moi.
Notre mission est de retourner dans le passé, avant le Grand Effondrement pour sauver les personnes qui par leur bonté, leur ouverture aux autres, leur esprit libre et créatif rendaient le monde plus harmonieux et plus juste. Vieille mère et les sœurs les appelaient Les Vulnérables. Elles faisaient le pari que s’ils étaient nombreux, Les Vulnérables pourraient influencer le cours de l’histoire et empêcher le Grand Effondrement.
Cette fois, je devais sauver Max, un garçon qui vivait dans un village appelé Bois Joli. Cette mission n’était pas ordinaire pour moi, je connaissais Bois Joli car je venais moi aussi de ce village. Ma famille y vivait encore et c’est là que j’étais mort.
Dans le bunker que nous appelions juste la Cité, nous ne vieillissions plus. Vieille mère et les sœurs avaient trouvé un sérum pour arrêter l’usure des corps. Nous conservions la même apparence pour toujours. Pour moi c’était celle d’un garçon de seize ans.
La mission Max est allée au-delà de mes espérances.

Max : J’ai grandi dans un village appelé Bois Joli avec une vieille église au centre, la mairie en face, plusieurs petits commerces Ça c’est pour la grande place. Autour, il y a le village, des forêts immenses, une rivière mystérieuse et un cimetière où reposent des personnes qui ont été aimées et le demeurent.
J’ai quatorze ans, j’aime le judo et je suis plutôt bon. Pas Teddy Riner mais assez pour que le petit club de Bois Joli me dirige vers celui plus compétitif de…appelons le Grande Ville.
Pour aller à Grande Ville, il n’y a qu’un bus toutes les heures, si on le rate, tant pis. Il faut que je vous dise quelque chose à mon propos : je suis tête en l’air. Ma mère, dans ses bons jours dit que je suis rêveur et quand elle est agacée, qu’elle n’a jamais vu quelqu’un d’aussi désorganisé que moi. Mais je compense depuis si longtemps que c’est devenu un réflexe chez moi. Je suis expert en plans B improbables. Ma vie est un chemin de traverse, j’ai lu quelque part qu’on appelait aussi cela chemin d’opportunité : les routes qui se tracent dans l’herbe, la caillasse ou la terre parce que quelqu’un a dû s’inventer une trajectoire inédite.
Pour moi, le chemin d’opportunité a été l’auto-stop.
La première fois, un monsieur s’est arrêté. Je venais de rater mon bus, et je levais le pouce au bord de la route sans grande conviction quand cet homme a ralenti jusqu’à moi : « Je te dépose ? » Ce jour-là, j’étais avec un garçon de mon âge croisé à l’abris-bus, il m’a dit qu’il s’appelait Théo. La minute d’avant, je le défiais : « Viens on tente l’auto-stop. »
J’ai dit à l’homme : « vous pouvez prendre mon copain aussi, on va au même endroit. » mais quand je me suis retourné, Théo s’était volatilisé alors que j’aurais juré qu’il courrait juste derrière moi.
Le chauffeur m’a expliqué qu’il venait rendre visite à son fils tous les jours à cette heure-ci. Il avait l’air triste, j’ai pensé à une histoire de divorce compliqué. Je ne savais pas comment réagir à ce chagrin d’adulte, j’étais plus à l’aise quand on a commencé à parler de notre adoration commune pour Teddy Riner.

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Les 3e5 du collège Joliot-Curie (Bron)

2/ En route vers l’ami du futur

J’avais la chance d’avoir vu Teddy Riner en personne juste avant les Jeux Olympiques. Il était venu rencontrer les jeunes judokas de la région au mois de juin. Il était si costaud, et tellement humble !
Ça nous faisait un bon sujet de discussion avec mon chauffeur.
« Mon fils, dit-il, il est comme toi : lui aussi faisait du judo avant et il adore Teddy Riner. Il a un grand poster de lui dans sa chambre : tu sais, celui où on le voit à genoux lever les bras pour savourer sa victoire. Mon fils l’admirait tant, c’était son héros ! »

Un héros… Ce mot déclencha chez moi une rêverie profonde. Je me tus quelques instants et m’enfonçai dans mon siège. J’en sentais la fraîcheur, j’étais bien.
À présent le chauffeur était silencieux lui aussi. Tout était calme. Bientôt je sentis mes paupières devenir lourdes, mon corps léger, je n’avais plus d’énergie pour parler. Je mis mes écouteurs et me laissai envelopper par la musique. Par la fenêtre, je voyais le paysage rouge et doré de l’automne. La voiture longeait à présent une forêt aux couleurs vives. Des oiseaux parcouraient le ciel en tous sens.
Moi, je pensais à ma destination : j’ai un ami qui m’attend !

— Monsieur, au fait, pourquoi parlez-vous toujours de votre fils au passé ?
Le chauffeur sursauta légèrement.
— Parce que je parle d’avant. Avant sa maladie…
— Oh, je suis désolé. Je comprends mieux maintenant pourquoi vous aviez l’air triste en parlant de lui tout à l’heure. C’est à l’hôpital de Bois Joli, alors, que vous allez le voir tous les jours ?
— Oui, c’est ça. C’est grave malheureusement. Il a une tumeur au poumon. Un cancer, quoi. Les docteurs disent que c’est sûrement dû à la pollution de l’air, aux particules fines. On l’a su très tard, la maladie était déjà avancée.
— C’est rare un cancer du poumon chez un enfant, non ?
— Oui. C’est que malheureusement, nous habitons juste à côté d’usines très polluantes. Si j’avais su à quels risques j’exposais mon fils en venant habiter ici, jamais je ne serais venu ! Si seulement je pouvais revenir dans le passé… »

Revenir dans le passé… oui, peut-être bien…
Cette phrase du chauffeur me replongea dans ma rêverie. Mes parents aussi étaient morts d’une tumeur au poumon. J’étais petit alors, trop petit pour comprendre ce qui se passait. Quand je suis arrivé à l’orphelinat, personne ne m’a rien expliqué. Et même on me mentait. « Ils sont partis en voyage, ils vont revenir », on me disait. Moi, je savais bien que ce n’était pas vrai.
Alors un jour, j’ai exigé qu’on me dise enfin la vérité. Et c’est là qu’on m’a tout expliqué : la maladie, les traitements impuissants, les longs séjours à l’hôpital, et finalement leur mort à quelques jours d’intervalle. C’était il y a 13 ans, je n’avais que deux ans.

— En tout cas, j’espère que votre fils s’en sortira, dis-je d’une voix tremblante. Si vous saviez combien moi aussi je rêve d’un monde sans pollution !
— Il faut continuer d’y croire, tu sais. D’ailleurs, ce sera à TA génération de sauver le monde. Après, ce sera probablement trop tard.

Le chauffeur s’interrompit. Il fallait que je lui dise !
— Vous savez, en fait, je n’ai plus mes parents. Ils sont morts tous les deux de la même chose : eux aussi, comme votre fils, ils étaient atteints d’une tumeur au poumon. Et ça je ne le sais que depuis quelques jours. A vrai dire, je suis encore sous le choc de cette nouvelle. Et puis là, vous me parlez de votre fils malade lui aussi… C’est terrible.
— Mon pauvre enfant.
— Je ne veux pas vous apitoyer. Ne vous en faites pas, repris-je en essayant de sourire. D’ailleurs, j’ai maintenant un espoir. Et ça peut vous concerner vous aussi.
— Ah oui ?
— J’ai rencontré quelqu’un qui peut nous aider, sur un réseau. C’est lui que je dois retrouver à Paris tout à l’heure.
— Qu’est-ce que tu racontes ? Et tu ne l’as jamais vu en vrai ? Comment tu peux lui faire confiance ? Et de toute façon, qu’est-ce qu’il peut faire ? Les morts ne reviennent pas à la vie…
— Il m’a dit qu’il venait du futur et qu’il devait « sauver l’avenir » en réparant le monde ! Et qu’il avait besoin de moi…
— Tu es sûr que ton imagination ne s’emballe pas un peu là ?
— Je ne sais pas. Je sais que c’est difficile à croire, mais j’ai envie de le croire. Il m’a dit qu’il pourrait sauver mes parents. Vous comprenez, j’aimerais tellement vivre avec eux. Je suis prêt à tout. C’est pour cela que je vais à Paris. On a rendez-vous dans un cybercafé du 13e arrondissement. J’espère en savoir plus très vite.
— Je ne sais pas si tu agis avec imprudence ou courage, mais fais bien attention à toi quand même. Regarde, nous arrivons à Paris.

C’était vrai. Je n’avais même pas remarqué que le paysage avait changé tellement notre conversation m’avait absorbé.
Le chauffeur se gara devant un fleuriste. Le cybercafé où j’avais rendez-vous était juste à côté. — Bonne chance, mon garçon, me lança le chauffeur. Fais-moi signe quand tu reviens à Bois Joli : tu sais où me trouver ! J’ai hâte que tu me racontes ce rendez-vous mystérieux.
Je lui rendis son salut et le remerciai pour le trajet. Puis je me suis avancé d’un pas décidé vers l’entrée du café.

— Bonjour, vous avez besoin d’un ordinateur ou vous cherchez quelqu’un ?
C’était le gérant de l’établissement qui me regardait avec curiosité.
— J’ai rendez-vous avec quelqu’un qui ne m’a donné que son pseudo : un certain « user2371 ». Est-ce qu’il est arrivé ? Est-ce que vous l’avez vu ? L’homme me désigna alors une personne dans un coin de la pièce. C’était une femme.

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Les 3e4 du collège des Gratte-Ciel Môrice Leroux (Villeurbanne)

3/ Agir, quitte à ne pas comprendre

Je regardai la femme de loin. Je me sentis mal à l’aise. Nos regards se croisèrent et elle me sourit. Je partis la rejoindre.
— Salut, dis-je.
— Salut, me répondit-elle en venant s’asseoir. Je ne vais pas te déranger bien longtemps rassure-toi.
Je tirai la chaise et m’assis en face d’elle.
— Alors, pourquoi voulez-vous me voir ?
Elle me fixa longuement avant de parler.
— Tout d’abord, laisse-moi me présenter. Je m’appelle Jade. Je viens du futur pour te prévenir d’un grand danger.
Mon cœur se mit à battre la chamade.
— Du futur ? La blague, c’est impossible…
— Tu ne me crois pas je comprends… Je penserais pareil. Mais nous savons...Un exemple ? Dans cinq secondes, un avion va passer au-dessus de nous.
À peine avait-elle fini sa phrase qu’un grondement déchira le ciel. Je levai la tête, stupéfait.
— Tu vois, dit-elle calmement. Le monde que tu connais s’effondrera si tu refuses de m’aider.
Je restai silencieux. Tout cela me semblait irréel.
— Une attaque terrible se prépare. Des millions de personnes sont en danger. Nous n’avons plus beaucoup de temps. C’est pour cela que nous t’avons choisi, toi et une équipe. Tu es en danger, comme le monde, mais nous savons que tu as un grand rôle à jouer pour empêcher… la fin du monde.
— Mais… je ne suis qu’un adolescent de quinze ans, pas un héros.
Elle me regarda avec une douceur étrange.
— Oui, je sais que tu es seulement un adolescent, mais je sais aussi que tu pourrais accomplir de grandes choses, souviens-toi que je viens du futur. Nous connaissons tes passions, nous connaissons tes faiblesses, nous connaissons ton potentiel. Tes recherches sur la pollution atmosphérique, tes expériences de purification de l’air… Sont révolutionnaires. Il est impossible que ta situation familiale t’empêche de contribuer à la sauvegarde du monde. Nous avons besoin de toi.
Je sentis que la situation était sérieuse. Un poids me pesa soudainement sur les épaules.
— Et si je refuse ? demandai-je d’une voix tremblante.
— Le monde que tu connais s’effondrera. Il nous serait difficile de t’entendre répondre ; « Flemme ».
Un long silence, lourd de sens, s’installa.
Je pensai à tout ce qu’elle venait de me dire, à la peur, à l’urgence, à l’avenir. A mes propres intuitions, qui n’avaient jamais été aussi clairement validées. A ma conviction d’avoir des solutions inédites à montrer au monde éviter une destruction totale qui ne serait que la conséquence des actes des hommes. Et si mes théories étaient exactes ?
Finalement, je pris une grande inspiration.
— J’accepte votre offre… à une seule condition.
— Laquelle ?
— Je veux que vous mettiez ma mère sous protection.
Elle hocha la tête.
— C’est d’accord.
Elle glissa alors un papier vers moi.
— Je te donne rendez-vous le 1er août. Suis ces coordonnées.
Je levai les yeux pour lui poser une autre question… mais la chaise en face de moi était vide.
La femme avait disparu mystérieusement.
Je restai longtemps sans bouger, à repenser à tout ce qui à tout ce qui s’était passé ces dernières heures. Alors je serrai le papier dans ma main. Je n’y comprenais rien mais je sentais l’importance de cet instant. . Sauver le monde ? Moi ? Comment un adolescent de 15 ans juste doué en physique et soucieux du futur de la planète pouvait s’opposer à l’inéluctable ?
Je repensai à la pollution, de l’air, de l’eau, des âmes… Cette dame étrange, sans le comprendre, je la croyais.

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Les 5e du collège Chevreul (Lyon2e)

4/ Abracadabra

J’accepte donc de la retrouver à l’horaire et au lieu indiqués. Je descends les escaliers qui ont l’air infini, puis au bout de quelques étages je vois une porte en bois vieilli par l’humidité. Je l’ouvre, découvre une pièce sombre et éclairée par une unique ampoule grésillante et clignotante, suspendue au plafond par un triste câble électrique. Une fois entré dans la salle, je sens une forte odeur de moisi, puis un bruit fort se déclenche, on dirait celui d’une chaudière. Soudain, je vois la dame étrange s’avancer vers moi, elle me raconte qu’elle s’appelle Annabella, je reconnais à son accent qu’elle est brésilienne. Elle m’explique alors qu’elle est la vice -présidente de l’organisation du projet anticipation.
Annabella porte des habits vieillis et elle a des cheveux noircis par la crasse. Elle a un chat maigre, noir avec des canines qui dépassent de sa bouche. Ses moustaches sont recourbées ainsi que ses griffes. Son ronronnement est presque comme un grognement. La voix d’Annabella est roque et grésille, elle me dit qu’elle a besoin de moi. Je prends peur et je suis mal à l’aise, je suis de plus en plus stressé dans cette cave face à une dame aussi étrange. Je lui demande « Mais comment avez-vous fait pour entrer dans le collège ? ».
Annabella prend alors une profonde inspiration et me raconte son infiltration :
J’ai attendu la sonnerie de fin de journée, pour me présenter devant la vie scolaire en me faisant passer pour une mère d’élève. Le gardien m’a refusé l’accès, car les animaux ne sont pas admis au collège, et j’ai perçu dans sa manière de me regarder que ma tenue n’était pas appropriée. Je l’ai regardé intensément au plus profond de son regard, puis j’ai chuchoté une incantation d’hypnose : « Sine me in Scholam intrare, da mihi claves ». Ses yeux bruns sont devenus orange, il s’est mis à trembler et a ouvert la porte comme un automate. Telle une ballerine dans sa boite à musique, il a fait une pirouette et m’a remis le trousseau de clé de l’établissement. J’ai soutenu à nouveau son regard et poursuivit ma litanie : « Dorum redi et obliviscere quae vidisti ». La voie libre, j’ai entrepris de trouver mon chemin dans ce labyrinthe. J’ai choisi la cave, car peu de gens ont le courage d’y aller. C’est un lieu sombre et poussiéreux qui souffre de nombreuses rumeurs : fantômes, kidnapping d’enfants… J’avais donc la certitude que personne ne viendrait nous déranger.
Voilà comment je me suis débrouillée pour arriver jusqu’ici mais laisse-moi t’expliquer l’objet de ma venue, le temps presse. Sol, l’un des membres fondateurs du projet Anticipation est captive dans un lieu inconnu, elle est affamée et assoiffée sur une bande de terre en plein milieu d’une gigantesque étendue d’eau où nul ne l’entend, nul ne l’écoute et seule la chaleur lui tient compagnie. La nourriture ne lui est même pas donnée en main propre mais livrée par drones. Nous ne savons pas dans quel état de santé elle se trouve. En raison de cyclones et de fortes tempêtes, aucun navire n’a pu traverser cette mer macabre. Sol doit surement avoir très peur, des ailerons tournent autour de l’île comme des lions affamés. Ce sont les seules informations dont nous disposons.
Regarde-moi bien dans les yeux Martin et écoute-moi attentivement. Je t’ai choisi toi non seulement parce que tu as énormément de connaissances en physique chimie, mais aussi car tu es en train de traverser une toute nouvelle épreuve pour toi, l’adolescence. Cette période de grand chamboulement, de transformations extérieures et intérieures, te placent à l’intersection de ton histoire. Cela fait de toi un être en devenir, parfois imprévisible mais totalement spontané, quand tu n’es pas une vraie tête brulée. Tu ne te soucies pas des conséquences dramatiques, qui pourraient se produire si tu faisais un mauvais choix, j’ai besoin de cette impulsivité teintée d’insouciance et d’innocence pour sauver Sol.
Annabella m’invite alors à ne plus perdre de temps et me demande de nous conduire par le chemin le plus court jusqu’au labo de physique. En sortant de la cave, l’air froid du couloir me chuchote à l’oreille, un frisson me parcourt. Plus personne n’est là. Je prends soudainement conscience que je suis seul avec pour compagnie, une vieille femme dérangeante et son chat noir. Nous empruntons par précaution le couloir secondaire pour atteindre l’escalier de secours, au rythme du bruit des griffes du chat grinçant sur le sol. Arrivés au dernier étage, nous traversons le grand corridor sombre, nous permettant d’accéder au labo. Nous y pénétrons. La lune inonde d’une lumière mystérieuse toute la salle. La sorcière se tourne alors vers moi et me demande :
 « Sais-tu où se trouvent les composés chimiques »
 « Oui, ils se trouvent au fond à gauche de la poubelle dans l’armoire. » lui répondis-je
 « Donne-moi une fiole ainsi que les ingrédients suivants » m’ordonne-t-elle de sa voix chantante :
 100 ml d’H2O, 20 g de C6H12O6, 2 pipettes de maxilase, une feuille de riz, et pour finir 50 ml de sirop de grenadine. A ce mélange, nous rajoutons une pincée de poudre de souvenir, un soupçon d’innocence et pour finir mon ingrédient secret…
Quand la potion est terminée, j’hésite à la boire, cette boisson a une drôle de couleur, elle a vraiment l’air infecte. La sorcière m’assure que c’est sans danger. Je prends une gorgée de cette mystérieuse potion. Une vision s’impose à moi, une île. Tout d’un coup je me mets à trembler, je sens mon corps partir en arrière, mes oreilles sifflent, j’ai chaud. Trou noir. On me secoue brutalement. Je me réveille.
 Qu’as-tu vu ? me demande avec empressement Annabella
Je lui raconte ma vision, celle d’une île au large du Panama. Je vois nettement son paysage paradisiaque recouvert de sable blanc et de palmiers. Il n’y a aucune population en vue, seuls des îlots désertiques viennent altérer l’immensité qui s’offre à ma vue. Puis la vision cède la place à une série de chiffres énigmatiques qui s’impriment sur ma rétine comme le code secret de la liberté : 9.590872, -78.886295

 

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1/ L’auto-stoppeur de Bois Joli

Théo : Je fais partie d’un programme scientifique appelé Projet Anticipation, qui consiste à modifier des évènements du passé pour améliorer l’avenir. Et je voyage dans le temps.
Vieille mère et ses sœurs m’ont sauvé la vie. Elles étaient les scientifiques les plus brillantes et les plus en avance de leur époque. Lorsqu’elles ont compris que le monde ne survivrait pas à la folie des puissants, elles ont construit au cœur du désert du Sahara, dans un bunker à plus de cent mètres sous terre, une ville protégée où elles accueillent et forment les voyageurs comme moi.
Notre mission est de retourner dans le passé, avant le Grand Effondrement pour sauver les personnes qui par leur bonté, leur ouverture aux autres, leur esprit libre et créatif rendaient le monde plus harmonieux et plus juste. Vieille mère et les sœurs les appelaient Les Vulnérables. Elles faisaient le pari que s’ils étaient nombreux, Les Vulnérables pourraient influencer le cours de l’histoire et empêcher le Grand Effondrement.
Cette fois, je devais sauver Max, un garçon qui vivait dans un village appelé Bois Joli. Cette mission n’était pas ordinaire pour moi, je connaissais Bois Joli car je venais moi aussi de ce village. Ma famille y vivait encore et c’est là que j’étais mort.
Dans le bunker que nous appelions juste la Cité, nous ne vieillissions plus. Vieille mère et les sœurs avaient trouvé un sérum pour arrêter l’usure des corps. Nous conservions la même apparence pour toujours. Pour moi c’était celle d’un garçon de seize ans.
La mission Max est allée au-delà de mes espérances.

Max : J’ai grandi dans un village appelé Bois Joli avec une vieille église au centre, la mairie en face, plusieurs petits commerces Ça c’est pour la grande place. Autour, il y a le village, des forêts immenses, une rivière mystérieuse et un cimetière où reposent des personnes qui ont été aimées et le demeurent.
J’ai quatorze ans, j’aime le judo et je suis plutôt bon. Pas Teddy Riner mais assez pour que le petit club de Bois Joli me dirige vers celui plus compétitif de…appelons le Grande Ville.
Pour aller à Grande Ville, il n’y a qu’un bus toutes les heures, si on le rate, tant pis. Il faut que je vous dise quelque chose à mon propos : je suis tête en l’air. Ma mère, dans ses bons jours dit que je suis rêveur et quand elle est agacée, qu’elle n’a jamais vu quelqu’un d’aussi désorganisé que moi. Mais je compense depuis si longtemps que c’est devenu un réflexe chez moi. Je suis expert en plans B improbables. Ma vie est un chemin de traverse, j’ai lu quelque part qu’on appelait aussi cela chemin d’opportunité : les routes qui se tracent dans l’herbe, la caillasse ou la terre parce que quelqu’un a dû s’inventer une trajectoire inédite.
Pour moi, le chemin d’opportunité a été l’auto-stop.
La première fois, un monsieur s’est arrêté. Je venais de rater mon bus, et je levais le pouce au bord de la route sans grande conviction quand cet homme a ralenti jusqu’à moi : « Je te dépose ? » Ce jour-là, j’étais avec un garçon de mon âge croisé à l’abris-bus, il m’a dit qu’il s’appelait Théo. La minute d’avant, je le défiais : « Viens on tente l’auto-stop. »
J’ai dit à l’homme : « vous pouvez prendre mon copain aussi, on va au même endroit. » mais quand je me suis retourné, Théo s’était volatilisé alors que j’aurais juré qu’il courrait juste derrière moi.
Le chauffeur m’a expliqué qu’il venait rendre visite à son fils tous les jours à cette heure-ci. Il avait l’air triste, j’ai pensé à une histoire de divorce compliqué. Je ne savais pas comment réagir à ce chagrin d’adulte, j’étais plus à l’aise quand on a commencé à parler de notre adoration commune pour Teddy Riner.

Histoire 02
Les 3e5 du collège Joliot-Curie (Bron)

2/ En route vers l’ami du futur

J’avais la chance d’avoir vu Teddy Riner en personne juste avant les Jeux Olympiques. Il était venu rencontrer les jeunes judokas de la région au mois de juin. Il était si costaud, et tellement humble !
Ça nous faisait un bon sujet de discussion avec mon chauffeur.
« Mon fils, dit-il, il est comme toi : lui aussi faisait du judo avant et il adore Teddy Riner. Il a un grand poster de lui dans sa chambre : tu sais, celui où on le voit à genoux lever les bras pour savourer sa victoire. Mon fils l’admirait tant, c’était son héros ! »

Un héros… Ce mot déclencha chez moi une rêverie profonde. Je me tus quelques instants et m’enfonçai dans mon siège. J’en sentais la fraîcheur, j’étais bien.
À présent le chauffeur était silencieux lui aussi. Tout était calme. Bientôt je sentis mes paupières devenir lourdes, mon corps léger, je n’avais plus d’énergie pour parler. Je mis mes écouteurs et me laissai envelopper par la musique. Par la fenêtre, je voyais le paysage rouge et doré de l’automne. La voiture longeait à présent une forêt aux couleurs vives. Des oiseaux parcouraient le ciel en tous sens.
Moi, je pensais à ma destination : j’ai un ami qui m’attend !

— Monsieur, au fait, pourquoi parlez-vous toujours de votre fils au passé ?
Le chauffeur sursauta légèrement.
— Parce que je parle d’avant. Avant sa maladie…
— Oh, je suis désolé. Je comprends mieux maintenant pourquoi vous aviez l’air triste en parlant de lui tout à l’heure. C’est à l’hôpital de Bois Joli, alors, que vous allez le voir tous les jours ?
— Oui, c’est ça. C’est grave malheureusement. Il a une tumeur au poumon. Un cancer, quoi. Les docteurs disent que c’est sûrement dû à la pollution de l’air, aux particules fines. On l’a su très tard, la maladie était déjà avancée.
— C’est rare un cancer du poumon chez un enfant, non ?
— Oui. C’est que malheureusement, nous habitons juste à côté d’usines très polluantes. Si j’avais su à quels risques j’exposais mon fils en venant habiter ici, jamais je ne serais venu ! Si seulement je pouvais revenir dans le passé… »

Revenir dans le passé… oui, peut-être bien…
Cette phrase du chauffeur me replongea dans ma rêverie. Mes parents aussi étaient morts d’une tumeur au poumon. J’étais petit alors, trop petit pour comprendre ce qui se passait. Quand je suis arrivé à l’orphelinat, personne ne m’a rien expliqué. Et même on me mentait. « Ils sont partis en voyage, ils vont revenir », on me disait. Moi, je savais bien que ce n’était pas vrai.
Alors un jour, j’ai exigé qu’on me dise enfin la vérité. Et c’est là qu’on m’a tout expliqué : la maladie, les traitements impuissants, les longs séjours à l’hôpital, et finalement leur mort à quelques jours d’intervalle. C’était il y a 13 ans, je n’avais que deux ans.

— En tout cas, j’espère que votre fils s’en sortira, dis-je d’une voix tremblante. Si vous saviez combien moi aussi je rêve d’un monde sans pollution !
— Il faut continuer d’y croire, tu sais. D’ailleurs, ce sera à TA génération de sauver le monde. Après, ce sera probablement trop tard.

Le chauffeur s’interrompit. Il fallait que je lui dise !
— Vous savez, en fait, je n’ai plus mes parents. Ils sont morts tous les deux de la même chose : eux aussi, comme votre fils, ils étaient atteints d’une tumeur au poumon. Et ça je ne le sais que depuis quelques jours. A vrai dire, je suis encore sous le choc de cette nouvelle. Et puis là, vous me parlez de votre fils malade lui aussi… C’est terrible.
— Mon pauvre enfant.
— Je ne veux pas vous apitoyer. Ne vous en faites pas, repris-je en essayant de sourire. D’ailleurs, j’ai maintenant un espoir. Et ça peut vous concerner vous aussi.
— Ah oui ?
— J’ai rencontré quelqu’un qui peut nous aider, sur un réseau. C’est lui que je dois retrouver à Paris tout à l’heure.
— Qu’est-ce que tu racontes ? Et tu ne l’as jamais vu en vrai ? Comment tu peux lui faire confiance ? Et de toute façon, qu’est-ce qu’il peut faire ? Les morts ne reviennent pas à la vie…
— Il m’a dit qu’il venait du futur et qu’il devait « sauver l’avenir » en réparant le monde ! Et qu’il avait besoin de moi…
— Tu es sûr que ton imagination ne s’emballe pas un peu là ?
— Je ne sais pas. Je sais que c’est difficile à croire, mais j’ai envie de le croire. Il m’a dit qu’il pourrait sauver mes parents. Vous comprenez, j’aimerais tellement vivre avec eux. Je suis prêt à tout. C’est pour cela que je vais à Paris. On a rendez-vous dans un cybercafé du 13e arrondissement. J’espère en savoir plus très vite.
— Je ne sais pas si tu agis avec imprudence ou courage, mais fais bien attention à toi quand même. Regarde, nous arrivons à Paris.

C’était vrai. Je n’avais même pas remarqué que le paysage avait changé tellement notre conversation m’avait absorbé.
Le chauffeur se gara devant un fleuriste. Le cybercafé où j’avais rendez-vous était juste à côté. — Bonne chance, mon garçon, me lança le chauffeur. Fais-moi signe quand tu reviens à Bois Joli : tu sais où me trouver ! J’ai hâte que tu me racontes ce rendez-vous mystérieux.
Je lui rendis son salut et le remerciai pour le trajet. Puis je me suis avancé d’un pas décidé vers l’entrée du café.

— Bonjour, vous avez besoin d’un ordinateur ou vous cherchez quelqu’un ?
C’était le gérant de l’établissement qui me regardait avec curiosité.
— J’ai rendez-vous avec quelqu’un qui ne m’a donné que son pseudo : un certain « user2371 ». Est-ce qu’il est arrivé ? Est-ce que vous l’avez vu ? L’homme me désigna alors une personne dans un coin de la pièce. C’était une femme.

Histoire 02
Les 3e4 du collège des Gratte-Ciel Môrice Leroux (Villeurbanne)

3/ Agir, quitte à ne pas comprendre

Je regardai la femme de loin. Je me sentis mal à l’aise. Nos regards se croisèrent et elle me sourit. Je partis la rejoindre.
— Salut, dis-je.
— Salut, me répondit-elle en venant s’asseoir. Je ne vais pas te déranger bien longtemps rassure-toi.
Je tirai la chaise et m’assis en face d’elle.
— Alors, pourquoi voulez-vous me voir ?
Elle me fixa longuement avant de parler.
— Tout d’abord, laisse-moi me présenter. Je m’appelle Jade. Je viens du futur pour te prévenir d’un grand danger.
Mon cœur se mit à battre la chamade.
— Du futur ? La blague, c’est impossible…
— Tu ne me crois pas je comprends… Je penserais pareil. Mais nous savons...Un exemple ? Dans cinq secondes, un avion va passer au-dessus de nous.
À peine avait-elle fini sa phrase qu’un grondement déchira le ciel. Je levai la tête, stupéfait.
— Tu vois, dit-elle calmement. Le monde que tu connais s’effondrera si tu refuses de m’aider.
Je restai silencieux. Tout cela me semblait irréel.
— Une attaque terrible se prépare. Des millions de personnes sont en danger. Nous n’avons plus beaucoup de temps. C’est pour cela que nous t’avons choisi, toi et une équipe. Tu es en danger, comme le monde, mais nous savons que tu as un grand rôle à jouer pour empêcher… la fin du monde.
— Mais… je ne suis qu’un adolescent de quinze ans, pas un héros.
Elle me regarda avec une douceur étrange.
— Oui, je sais que tu es seulement un adolescent, mais je sais aussi que tu pourrais accomplir de grandes choses, souviens-toi que je viens du futur. Nous connaissons tes passions, nous connaissons tes faiblesses, nous connaissons ton potentiel. Tes recherches sur la pollution atmosphérique, tes expériences de purification de l’air… Sont révolutionnaires. Il est impossible que ta situation familiale t’empêche de contribuer à la sauvegarde du monde. Nous avons besoin de toi.
Je sentis que la situation était sérieuse. Un poids me pesa soudainement sur les épaules.
— Et si je refuse ? demandai-je d’une voix tremblante.
— Le monde que tu connais s’effondrera. Il nous serait difficile de t’entendre répondre ; « Flemme ».
Un long silence, lourd de sens, s’installa.
Je pensai à tout ce qu’elle venait de me dire, à la peur, à l’urgence, à l’avenir. A mes propres intuitions, qui n’avaient jamais été aussi clairement validées. A ma conviction d’avoir des solutions inédites à montrer au monde éviter une destruction totale qui ne serait que la conséquence des actes des hommes. Et si mes théories étaient exactes ?
Finalement, je pris une grande inspiration.
— J’accepte votre offre… à une seule condition.
— Laquelle ?
— Je veux que vous mettiez ma mère sous protection.
Elle hocha la tête.
— C’est d’accord.
Elle glissa alors un papier vers moi.
— Je te donne rendez-vous le 1er août. Suis ces coordonnées.
Je levai les yeux pour lui poser une autre question… mais la chaise en face de moi était vide.
La femme avait disparu mystérieusement.
Je restai longtemps sans bouger, à repenser à tout ce qui à tout ce qui s’était passé ces dernières heures. Alors je serrai le papier dans ma main. Je n’y comprenais rien mais je sentais l’importance de cet instant. . Sauver le monde ? Moi ? Comment un adolescent de 15 ans juste doué en physique et soucieux du futur de la planète pouvait s’opposer à l’inéluctable ?
Je repensai à la pollution, de l’air, de l’eau, des âmes… Cette dame étrange, sans le comprendre, je la croyais.

Histoire 02
Les 5e du collège Chevreul (Lyon2e)

4/ Abracadabra

J’accepte donc de la retrouver à l’horaire et au lieu indiqués. Je descends les escaliers qui ont l’air infini, puis au bout de quelques étages je vois une porte en bois vieilli par l’humidité. Je l’ouvre, découvre une pièce sombre et éclairée par une unique ampoule grésillante et clignotante, suspendue au plafond par un triste câble électrique. Une fois entré dans la salle, je sens une forte odeur de moisi, puis un bruit fort se déclenche, on dirait celui d’une chaudière. Soudain, je vois la dame étrange s’avancer vers moi, elle me raconte qu’elle s’appelle Annabella, je reconnais à son accent qu’elle est brésilienne. Elle m’explique alors qu’elle est la vice -présidente de l’organisation du projet anticipation.
Annabella porte des habits vieillis et elle a des cheveux noircis par la crasse. Elle a un chat maigre, noir avec des canines qui dépassent de sa bouche. Ses moustaches sont recourbées ainsi que ses griffes. Son ronronnement est presque comme un grognement. La voix d’Annabella est roque et grésille, elle me dit qu’elle a besoin de moi. Je prends peur et je suis mal à l’aise, je suis de plus en plus stressé dans cette cave face à une dame aussi étrange. Je lui demande « Mais comment avez-vous fait pour entrer dans le collège ? ».
Annabella prend alors une profonde inspiration et me raconte son infiltration :
J’ai attendu la sonnerie de fin de journée, pour me présenter devant la vie scolaire en me faisant passer pour une mère d’élève. Le gardien m’a refusé l’accès, car les animaux ne sont pas admis au collège, et j’ai perçu dans sa manière de me regarder que ma tenue n’était pas appropriée. Je l’ai regardé intensément au plus profond de son regard, puis j’ai chuchoté une incantation d’hypnose : « Sine me in Scholam intrare, da mihi claves ». Ses yeux bruns sont devenus orange, il s’est mis à trembler et a ouvert la porte comme un automate. Telle une ballerine dans sa boite à musique, il a fait une pirouette et m’a remis le trousseau de clé de l’établissement. J’ai soutenu à nouveau son regard et poursuivit ma litanie : « Dorum redi et obliviscere quae vidisti ». La voie libre, j’ai entrepris de trouver mon chemin dans ce labyrinthe. J’ai choisi la cave, car peu de gens ont le courage d’y aller. C’est un lieu sombre et poussiéreux qui souffre de nombreuses rumeurs : fantômes, kidnapping d’enfants… J’avais donc la certitude que personne ne viendrait nous déranger.
Voilà comment je me suis débrouillée pour arriver jusqu’ici mais laisse-moi t’expliquer l’objet de ma venue, le temps presse. Sol, l’un des membres fondateurs du projet Anticipation est captive dans un lieu inconnu, elle est affamée et assoiffée sur une bande de terre en plein milieu d’une gigantesque étendue d’eau où nul ne l’entend, nul ne l’écoute et seule la chaleur lui tient compagnie. La nourriture ne lui est même pas donnée en main propre mais livrée par drones. Nous ne savons pas dans quel état de santé elle se trouve. En raison de cyclones et de fortes tempêtes, aucun navire n’a pu traverser cette mer macabre. Sol doit surement avoir très peur, des ailerons tournent autour de l’île comme des lions affamés. Ce sont les seules informations dont nous disposons.
Regarde-moi bien dans les yeux Martin et écoute-moi attentivement. Je t’ai choisi toi non seulement parce que tu as énormément de connaissances en physique chimie, mais aussi car tu es en train de traverser une toute nouvelle épreuve pour toi, l’adolescence. Cette période de grand chamboulement, de transformations extérieures et intérieures, te placent à l’intersection de ton histoire. Cela fait de toi un être en devenir, parfois imprévisible mais totalement spontané, quand tu n’es pas une vraie tête brulée. Tu ne te soucies pas des conséquences dramatiques, qui pourraient se produire si tu faisais un mauvais choix, j’ai besoin de cette impulsivité teintée d’insouciance et d’innocence pour sauver Sol.
Annabella m’invite alors à ne plus perdre de temps et me demande de nous conduire par le chemin le plus court jusqu’au labo de physique. En sortant de la cave, l’air froid du couloir me chuchote à l’oreille, un frisson me parcourt. Plus personne n’est là. Je prends soudainement conscience que je suis seul avec pour compagnie, une vieille femme dérangeante et son chat noir. Nous empruntons par précaution le couloir secondaire pour atteindre l’escalier de secours, au rythme du bruit des griffes du chat grinçant sur le sol. Arrivés au dernier étage, nous traversons le grand corridor sombre, nous permettant d’accéder au labo. Nous y pénétrons. La lune inonde d’une lumière mystérieuse toute la salle. La sorcière se tourne alors vers moi et me demande :
 « Sais-tu où se trouvent les composés chimiques »
 « Oui, ils se trouvent au fond à gauche de la poubelle dans l’armoire. » lui répondis-je
 « Donne-moi une fiole ainsi que les ingrédients suivants » m’ordonne-t-elle de sa voix chantante :
 100 ml d’H2O, 20 g de C6H12O6, 2 pipettes de maxilase, une feuille de riz, et pour finir 50 ml de sirop de grenadine. A ce mélange, nous rajoutons une pincée de poudre de souvenir, un soupçon d’innocence et pour finir mon ingrédient secret…
Quand la potion est terminée, j’hésite à la boire, cette boisson a une drôle de couleur, elle a vraiment l’air infecte. La sorcière m’assure que c’est sans danger. Je prends une gorgée de cette mystérieuse potion. Une vision s’impose à moi, une île. Tout d’un coup je me mets à trembler, je sens mon corps partir en arrière, mes oreilles sifflent, j’ai chaud. Trou noir. On me secoue brutalement. Je me réveille.
 Qu’as-tu vu ? me demande avec empressement Annabella
Je lui raconte ma vision, celle d’une île au large du Panama. Je vois nettement son paysage paradisiaque recouvert de sable blanc et de palmiers. Il n’y a aucune population en vue, seuls des îlots désertiques viennent altérer l’immensité qui s’offre à ma vue. Puis la vision cède la place à une série de chiffres énigmatiques qui s’impriment sur ma rétine comme le code secret de la liberté : 9.590872, -78.886295