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Histoire 03
Histoire 03
Hemley Boum

1/ L’auto-stoppeur de Bois Joli

Théo : Je fais partie d’un programme scientifique appelé Projet Anticipation, qui consiste à modifier des évènements du passé pour améliorer l’avenir. Et je voyage dans le temps.
Vieille mère et ses sœurs m’ont sauvé la vie. Elles étaient les scientifiques les plus brillantes et les plus en avance de leur époque. Lorsqu’elles ont compris que le monde ne survivrait pas à la folie des puissants, elles ont construit au cœur du désert du Sahara, dans un bunker à plus de cent mètres sous terre, une ville protégée où elles accueillent et forment les voyageurs comme moi.
Notre mission est de retourner dans le passé, avant le Grand Effondrement pour sauver les personnes qui par leur bonté, leur ouverture aux autres, leur esprit libre et créatif rendaient le monde plus harmonieux et plus juste. Vieille mère et les sœurs les appelaient Les Vulnérables. Elles faisaient le pari que s’ils étaient nombreux, Les Vulnérables pourraient influencer le cours de l’histoire et empêcher le Grand Effondrement.
Cette fois, je devais sauver Max, un garçon qui vivait dans un village appelé Bois Joli. Cette mission n’était pas ordinaire pour moi, je connaissais Bois Joli car je venais moi aussi de ce village. Ma famille y vivait encore et c’est là que j’étais mort.
Dans le bunker que nous appelions juste la Cité, nous ne vieillissions plus. Vieille mère et les sœurs avaient trouvé un sérum pour arrêter l’usure des corps. Nous conservions la même apparence pour toujours. Pour moi c’était celle d’un garçon de seize ans.
La mission Max est allée au-delà de mes espérances.

Max : J’ai grandi dans un village appelé Bois Joli avec une vieille église au centre, la mairie en face, plusieurs petits commerces Ça c’est pour la grande place. Autour, il y a le village, des forêts immenses, une rivière mystérieuse et un cimetière où reposent des personnes qui ont été aimées et le demeurent.
J’ai quatorze ans, j’aime le judo et je suis plutôt bon. Pas Teddy Riner mais assez pour que le petit club de Bois Joli me dirige vers celui plus compétitif de…appelons le Grande Ville.
Pour aller à Grande Ville, il n’y a qu’un bus toutes les heures, si on le rate, tant pis. Il faut que je vous dise quelque chose à mon propos : je suis tête en l’air. Ma mère, dans ses bons jours dit que je suis rêveur et quand elle est agacée, qu’elle n’a jamais vu quelqu’un d’aussi désorganisé que moi. Mais je compense depuis si longtemps que c’est devenu un réflexe chez moi. Je suis expert en plans B improbables. Ma vie est un chemin de traverse, j’ai lu quelque part qu’on appelait aussi cela chemin d’opportunité : les routes qui se tracent dans l’herbe, la caillasse ou la terre parce que quelqu’un a dû s’inventer une trajectoire inédite.
Pour moi, le chemin d’opportunité a été l’auto-stop.
La première fois, un monsieur s’est arrêté. Je venais de rater mon bus, et je levais le pouce au bord de la route sans grande conviction quand cet homme a ralenti jusqu’à moi : « Je te dépose ? » Ce jour-là, j’étais avec un garçon de mon âge croisé à l’abris-bus, il m’a dit qu’il s’appelait Théo. La minute d’avant, je le défiais : « Viens on tente l’auto-stop. »
J’ai dit à l’homme : « vous pouvez prendre mon copain aussi, on va au même endroit. » mais quand je me suis retourné, Théo s’était volatilisé alors que j’aurais juré qu’il courrait juste derrière moi.
Le chauffeur m’a expliqué qu’il venait rendre visite à son fils tous les jours à cette heure-ci. Il avait l’air triste, j’ai pensé à une histoire de divorce compliqué. Je ne savais pas comment réagir à ce chagrin d’adulte, j’étais plus à l’aise quand on a commencé à parler de notre adoration commune pour Teddy Riner.

Histoire 03
Les 4e6 du collège Alain (Saint-Fons)

2/ Un mauvais pressentiment

« Tu te souviens quand Teddy Rinner a gagné face au joueur japonais pendant les Jeux Olympiques ? »
Cette conversation me mit à l’aise. Le conducteur me racontait encore ses histoires quand je décidai de le couper. J’ouvris mon sac et lui donnai une feuille soigneusement pliée. On pouvait y lire l’adresse menant à la maison où Soleil avait vécu avec ses parents, des années auparavant, lorsqu’elle était encore enfant.

Puis, je tournai ma tête vers l’extérieur de la voiture. Tout était désert, sale, sombre… Les gens dans la rue semblaient paniqués… Ce spectacle m’angoissait mais j’en profitais au moins pour me réchauffer et me reposer un court instant.

En lisant le papier, le conducteur fut surpris et me dit :
« Es-tu sûr que c’est la bonne adresse ? Cette maison est abandonnée, et, paraît-il, hantée depuis des années maintenant. » Dès qu’il me dit ces mots, je pris peur. Je lui répondis quand même que j’étais sûr de moi et que je tâcherai d’être prudent.

Nous roulâmes pendant quinze minutes. Il ne m’adressa plus la parole. Nous finîmes par arriver près d’une maison, cachée au milieu de la forêt. La maison était blanche, fleurie, recouverte de végétation. Il y avait même un potager sur le toit. Cette maison brillait comme le Soleil. Elle brillait à tel point que cela me brûlait les yeux.
Le chauffeur me déposa et ne coupa pas le moteur de sa voiture, me laissant seulement un papier avec son numéro de téléphone écrit dessus. En ouvrant la porte pour sortir, je vis qu’il recevait un appel d’un numéro inconnu. Je n’eus pas le temps de poser la moindre question, il partit très rapidement.

Je me dirigeai donc vers la maison. Je tremblais. J’avais peur. Du portail à la porte, il devait y avoir deux cent mètres… Je respirai un grand coup et je me décidai à toquer. Personne. Je toquai à nouveau. Aucun bruit. J’allais partir quand je repensai à Soleil. Elle me faisait confiance. Elle, mais aussi Hua, Chloé, Joyce, Rim… J’avais leur vie entre les mains. Je devais arrêter la guerre. Je forçai alors la porte en mettant un coup d’épaule et je réussis à faire sauter le verrou. Je rentrai dans la maison mais il faisait sombre. Il y avait dans cette maison des toiles d’araignées sur chaque murs et une odeur terrible qui me donna la nausée. Je finis par penser que Soleil m’avait donné la mauvaise adresse. J’avais la boule au ventre, je marchai le long d’un couloir quand je découvris un vieil homme, assis sur une chaise. Peut-être allait-il m’aider !

Je lui demandai : « Connaissez-vous Soleil ? », il ne me répondit pas. Je lui reposai la question, cette fois-ci avec plus d’aplomb. « Connaissez-vous Soleil ? ». Le vieil homme fixa son regard sur moi et fronça les sourcils. Puis, il murmura « Oui. C’est ma fille. ». En regardant plus attentivement, je remarquai entre eux une ressemblance. Ils avaient les mêmes yeux étincelants, presque enflammés. J’ajoutai alors : « Où est-elle ? ». Il se contenta d’affirmer qu’elle était chez sa grand-mère.

Une impression étrange se dégageait de cet homme. Je ne lui faisais pas confiance, on aurait dit qu’il attendait quelqu’un. Il se dirigea sans un mot vers une pièce située à l’étage, en haut de l’escalier. Sur la porte de cette pièce, il était écrit « laboratoire ». Je le suivis, plaçant ma confiance en Soleil qui m’avait, grâce à ses indications, menée ici. Tout à coup, je le vis prendre une canne, et, avant même que je puisse réagir, je fus assommé.

Histoire 03
Les 5e du collège Chevreul (Lyon2e)

3/ La mémoire perdue

La mémoire perdue
Un bruit de claquement de porte me réveille soudain. Je perçois alors un sifflement assourdissant dans mon cerveau. Je ressens des picotements lancinants qui s’emparent de mon corps. Je suis allongée et ligotée sur ce qui me semble être une table d’examen. J’entends de lourds pas écrasants provenant du couloir. À travers l’entrebâillement de la porte, je vois un éclat de lumière. Quelques minutes plus tard, la porte s’ouvre dans un grincement et un homme imposant, armé, au regard malsain apparait.
A l’autre bout de la ville, Sol attend...
Je patiente dans le van, mon regard se perd au loin. Je me souviens des longues soirées d’été de mon enfance durant lesquelles je m’amusais. Puis je m’enfonce plus profondément dans mes souvenirs, me remémorant le jour où mes parents sont morts dans un incendie. Un torrent de larmes envahit mes yeux, le chagrin me noie, cela est douloureux. Soudain un raclement de gorge me sort de ma rêverie. C’est Teddy Riner qui m’accompagne dans ce voyage et qui me voyant songeuse me demande si je vais bien. Je hoche la tête et lui avoue mon inquiétude pour Marie Curie.
Tic tac tic tac tic tac… Je scrute la trotteuse de ma montre. Marie Curie est partie depuis plus d’une heure, sa mission était pourtant simple, donner la formule chimique du polonium et du radium au professeur Ursule afin de servir la prochaine mission du Projet Anticipation. Pourquoi ne revient-elle pas ? Je suis envahie par un mauvais pressentiment. Une tempête de pensées se propage dans ma tête. Puis je sens mon cœur battre au- delà de ses limites, mes mains tremblent, ma gorge se noue, mes jambes flageolent, de l’eau coule le long de ma colonne vertébrale.
L’inquiétude l’emportant, je décide de partir à sa recherche. Nous prenons le van, ne connaissant pas l’état dans lequel nous allons trouver Marie. Nous passons par la grande avenue aussi vite que l’éclair quand soudain je freine et stoppe le van. A travers le pare-brise, nous apercevons deux camions bien trop modernes pour ce coin de bidonville. Ils sont garés en face de nous. Nous tournons alors dans une rue parallèle, nous ne voyons rien à part quelques poubelles renversées et des fleurs fanées mais personne, seulement un silence de mort. Tout cela nous semble suspect.
Nous arrivons au milieu des bois et découvrons une « maison-forêt » parfaitement fondue dans le décor. Il s’agit du laboratoire. Nous entrons et sentons une odeur de mécanique. Nous gravissons les grands escaliers grinçants et découvrons Marie allongée sur une table d’examen, pieds et poings liés, des câbles relient son crâne à une machine « mange-mémoire ». J’en avais déjà vu une lors d’une exposition en 3689 sur le thème des Guerres imaginaires. Ce traitre de professeur Ursule m’avait menti. Il voulait servir le Grand Effondrement en empêchant la découverte des radiations. Mon inquiétude était donc fondée.
Comment ai-je pu placer ma confiance en lui ? Je me crispe, ma vision se floute, ma gorge se serre, je me retiens de fondre en larmes, je broie du noir. D’un coup ma colère l’emporte sur ma tristesse. Je vois rouge, tout mon corps est en feu, ma respiration est haletante. Je tente de me raisonner en m’adressant à moi-même des paroles encourageantes. ”Arrête, contrôle-toi” me dis-je avant de rentrer dans le laboratoire, suivie de Teddy qui s’efforce de me calmer et de m’empêcher de foncer tête baissée contre le professeur Ursule tel un bélier enragé. Je tente de me dominer. Je prends une profonde inspiration et intime l’ordre au professeur Ursule de nous remettre Marie Curie. “Vous arrivez trop tard bande d’anticipateurs” annonce-t-il dans un rire démoniaque. Nous comprenons que les paroles ne nous mèneront à rien, nous devons agir vite. Teddy saisit une seringue anesthésiante laissée à l’abandon sur le plan de travail et la plante violemment dans la carotide du malfaiteur machiavélique. Celui-ci vacille et tombe net. Profitant de son inconscience, je débranche Marie Curie de la machine « mange-mémoire” et Teddy la soulève comme un sac de sable, une véritable poupée de chiffons.
Par chance, alors que Teddy hisse Marie Curie sur ses épaules, je vois une échelle aussi vieille que Mathusalem. Par pur instinct, nous courons à la fenêtre et descendons par celle-ci. Je nous précipite dans le van, pensant y être en sécurité avant de voir deux camions de bandits juste derrière nous. Sans aucune hésitation j’appuie sur l’accélérateur, et quitte la forêt. Voilà que commence une vraie course poursuite. Je fais un virage brusque qui réveille en sursaut Marie Curie, secouée et paniquée. Connaissant les lieux, je les perds dans les ruelles puis rejoins ma maison d’enfance qui se situe à la périphérie du bidonville. Elle est abandonnée, vieille, et a quelques fissures. Cette course poursuite m’a fait vivre un cauchemar sans fin.
Une fois au calme dans la maison, je me tourne vers Marie.
 “Est-ce que tu vas bien ?
Marie déconcertée me répond :
 Qui êtes-vous ?
 C’est moi, Sol ! Tu ne te souviens pas de moi ?
 “Non... me répond-t-elle.
 Mais enfin tu es Marie Curie, la célèbre inventrice de la radioactivité. Tu es connue dans le monde entier et tes travaux ont permis une grande avancée dans la médecine et la chirurgie, sans toi des milliers de personnes seraient mortes. Une vision dystopique s’impose à moi, le monde serait plongé dans les ténèbres de la science, les hommes agonisants dans les lits d’hôpitaux sans espoir de survie. Les comparses du professeur Ursule transformant les formules chimiques en machines atomiques infernales destinées à anéantir le monde avant même que Marie Curie ne fasse ses découvertes prodigieuses. Que va devenir l’humanité ?

Histoire 03
Les 3e5 du collège Joliot-Curie (Bron)

4/ La délivrance

Je revenais progressivement à moi. Ma vision était floue, ainsi que les souvenirs de ce qui s’était passé. Je distinguais pourtant dans l’ombre de la pièce une longue silhouette qui s’affairait autour d’une machine émettant une étrange lumière rouge. C’était Ursule, oui, c’était bien lui, qui travaillait encore à ses maudites expériences. Il fallait l’arrêter à tout prix !
Je cherchais alors à me lever. C’est seulement à ce moment-là que je compris que j’étais ligoté à ma chaise. Impossible d’agir dans ces conditions.
Soudain, j’entendis un bruissement d’étoffes derrière moi. Une femme était entrée. Elle me fit signe de me taire et m’adressa un sourire discret. C’était Sol ! Je la reconnus immédiatement malgré son déguisement. Elle avait réussi à se faire passer pour une servante et elle arrivait dans le laboratoire munie d’un seau et d’un balai. Quelle ingéniosité ! J’étais sauvé. Restait à trouver le moyen d’arrêter Ursule.
Celui-ci, tout occupé à finaliser sa machine atomique, ne prêtait pas attention à ce qui se passait derrière lui.
Sol se faufila derrière moi et sortit discrètement un couteau avec lequel elle coupa les liens qui me retenaient. J’étais libre. Sans un mot, elle me glissa dans la main un coton imbibé d’un produit : c’était pour endormir le professeur Ursule !
Le moment était venu pour moi de mettre en pratique tout ce que j’avais appris au judo ! Sans un bruit, je me lève, m’approche du professeur toujours occupé à mettre au point sa machine...
Le voici par terre, endormi ! Tout ça s’était passé très calmement, sans bruit. C’est à peine si le professeur Ursule avait eu le temps de pousser un léger cri en se sentant basculer. J’avais réussi à l’immobiliser au sol, grâce à une belle clé de bras. Merci le judo ! Et ensuite, j’ai pu très vite l’endormir grâce au chloroforme. Merci Sol !
Sol me regardait avec fierté. Mais il ne fallait pas traîner à présent. Ensemble nous avons traîné le professeur jusqu’à une deuxième pièce et l’avons attaché à une machine : il ne devait pas s’échapper, il ne devait plus continuer ses plans maléfiques !
C’est alors qu’il y eut un bruit sourd, comme une porte qui se referme. Un autre scientifique était là. Figé. Son regard passait du professeur attaché à la table à Sol puis à moi. Il semblait tellement surpris de la situation qu’il ne parvenait pas à articuler un mot. Ce silence me paraissait interminable. Soudain un sourire éclaira son visage.
« Que faites-vous ici ? » nous demanda-t-il. « Qui êtes-vous ? »
– Et vous ?
– Je m’appelle Badro, je travaille ici. J’ai été recruté il y a quelques années par le professeur Ursule pour, me disait-il alors, « sauver l’humanité »... Mais est-ce la manipulation des produits ? Est-ce la surcharge de travail ? Je ne sais pas... Toujours est-il que le professeur Ursule est devenu fou, complètement fou. Les dernières machines qu’il mettait au point, semblables à des bombes d’une puissance inconnue jusque là, auraient pu rayer de la carte un pays tout entier. Il le savait, mais continuait malgré tout ses recherches infernales. Plus rien ne l’arrêtait. Il était comme possédé par une force maléfique. Et moi, j’assistais impuissant à ses manoeuvres. J’étais devenu son prisonnier.
Quel soulagement de le voir enfin arrêté ! Mais qui êtes-vous donc tous les deux ? Des envoyés du ciel ?
– Non, ce n’est pas tout à fait ça, dis-je dans un sourire, même si nous venons de loin, de très loin...
Sol me fit un clin d’oeil.
– Savez-vous que ces éléments chimiques découverts par le professeur peuvent aussi guérir les malades ? On va vous expliquer.

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Hemley Boum

1/ L’auto-stoppeur de Bois Joli

Théo : Je fais partie d’un programme scientifique appelé Projet Anticipation, qui consiste à modifier des évènements du passé pour améliorer l’avenir. Et je voyage dans le temps.
Vieille mère et ses sœurs m’ont sauvé la vie. Elles étaient les scientifiques les plus brillantes et les plus en avance de leur époque. Lorsqu’elles ont compris que le monde ne survivrait pas à la folie des puissants, elles ont construit au cœur du désert du Sahara, dans un bunker à plus de cent mètres sous terre, une ville protégée où elles accueillent et forment les voyageurs comme moi.
Notre mission est de retourner dans le passé, avant le Grand Effondrement pour sauver les personnes qui par leur bonté, leur ouverture aux autres, leur esprit libre et créatif rendaient le monde plus harmonieux et plus juste. Vieille mère et les sœurs les appelaient Les Vulnérables. Elles faisaient le pari que s’ils étaient nombreux, Les Vulnérables pourraient influencer le cours de l’histoire et empêcher le Grand Effondrement.
Cette fois, je devais sauver Max, un garçon qui vivait dans un village appelé Bois Joli. Cette mission n’était pas ordinaire pour moi, je connaissais Bois Joli car je venais moi aussi de ce village. Ma famille y vivait encore et c’est là que j’étais mort.
Dans le bunker que nous appelions juste la Cité, nous ne vieillissions plus. Vieille mère et les sœurs avaient trouvé un sérum pour arrêter l’usure des corps. Nous conservions la même apparence pour toujours. Pour moi c’était celle d’un garçon de seize ans.
La mission Max est allée au-delà de mes espérances.

Max : J’ai grandi dans un village appelé Bois Joli avec une vieille église au centre, la mairie en face, plusieurs petits commerces Ça c’est pour la grande place. Autour, il y a le village, des forêts immenses, une rivière mystérieuse et un cimetière où reposent des personnes qui ont été aimées et le demeurent.
J’ai quatorze ans, j’aime le judo et je suis plutôt bon. Pas Teddy Riner mais assez pour que le petit club de Bois Joli me dirige vers celui plus compétitif de…appelons le Grande Ville.
Pour aller à Grande Ville, il n’y a qu’un bus toutes les heures, si on le rate, tant pis. Il faut que je vous dise quelque chose à mon propos : je suis tête en l’air. Ma mère, dans ses bons jours dit que je suis rêveur et quand elle est agacée, qu’elle n’a jamais vu quelqu’un d’aussi désorganisé que moi. Mais je compense depuis si longtemps que c’est devenu un réflexe chez moi. Je suis expert en plans B improbables. Ma vie est un chemin de traverse, j’ai lu quelque part qu’on appelait aussi cela chemin d’opportunité : les routes qui se tracent dans l’herbe, la caillasse ou la terre parce que quelqu’un a dû s’inventer une trajectoire inédite.
Pour moi, le chemin d’opportunité a été l’auto-stop.
La première fois, un monsieur s’est arrêté. Je venais de rater mon bus, et je levais le pouce au bord de la route sans grande conviction quand cet homme a ralenti jusqu’à moi : « Je te dépose ? » Ce jour-là, j’étais avec un garçon de mon âge croisé à l’abris-bus, il m’a dit qu’il s’appelait Théo. La minute d’avant, je le défiais : « Viens on tente l’auto-stop. »
J’ai dit à l’homme : « vous pouvez prendre mon copain aussi, on va au même endroit. » mais quand je me suis retourné, Théo s’était volatilisé alors que j’aurais juré qu’il courrait juste derrière moi.
Le chauffeur m’a expliqué qu’il venait rendre visite à son fils tous les jours à cette heure-ci. Il avait l’air triste, j’ai pensé à une histoire de divorce compliqué. Je ne savais pas comment réagir à ce chagrin d’adulte, j’étais plus à l’aise quand on a commencé à parler de notre adoration commune pour Teddy Riner.

Histoire 03
Les 4e6 du collège Alain (Saint-Fons)

2/ Un mauvais pressentiment

« Tu te souviens quand Teddy Rinner a gagné face au joueur japonais pendant les Jeux Olympiques ? »
Cette conversation me mit à l’aise. Le conducteur me racontait encore ses histoires quand je décidai de le couper. J’ouvris mon sac et lui donnai une feuille soigneusement pliée. On pouvait y lire l’adresse menant à la maison où Soleil avait vécu avec ses parents, des années auparavant, lorsqu’elle était encore enfant.

Puis, je tournai ma tête vers l’extérieur de la voiture. Tout était désert, sale, sombre… Les gens dans la rue semblaient paniqués… Ce spectacle m’angoissait mais j’en profitais au moins pour me réchauffer et me reposer un court instant.

En lisant le papier, le conducteur fut surpris et me dit :
« Es-tu sûr que c’est la bonne adresse ? Cette maison est abandonnée, et, paraît-il, hantée depuis des années maintenant. » Dès qu’il me dit ces mots, je pris peur. Je lui répondis quand même que j’étais sûr de moi et que je tâcherai d’être prudent.

Nous roulâmes pendant quinze minutes. Il ne m’adressa plus la parole. Nous finîmes par arriver près d’une maison, cachée au milieu de la forêt. La maison était blanche, fleurie, recouverte de végétation. Il y avait même un potager sur le toit. Cette maison brillait comme le Soleil. Elle brillait à tel point que cela me brûlait les yeux.
Le chauffeur me déposa et ne coupa pas le moteur de sa voiture, me laissant seulement un papier avec son numéro de téléphone écrit dessus. En ouvrant la porte pour sortir, je vis qu’il recevait un appel d’un numéro inconnu. Je n’eus pas le temps de poser la moindre question, il partit très rapidement.

Je me dirigeai donc vers la maison. Je tremblais. J’avais peur. Du portail à la porte, il devait y avoir deux cent mètres… Je respirai un grand coup et je me décidai à toquer. Personne. Je toquai à nouveau. Aucun bruit. J’allais partir quand je repensai à Soleil. Elle me faisait confiance. Elle, mais aussi Hua, Chloé, Joyce, Rim… J’avais leur vie entre les mains. Je devais arrêter la guerre. Je forçai alors la porte en mettant un coup d’épaule et je réussis à faire sauter le verrou. Je rentrai dans la maison mais il faisait sombre. Il y avait dans cette maison des toiles d’araignées sur chaque murs et une odeur terrible qui me donna la nausée. Je finis par penser que Soleil m’avait donné la mauvaise adresse. J’avais la boule au ventre, je marchai le long d’un couloir quand je découvris un vieil homme, assis sur une chaise. Peut-être allait-il m’aider !

Je lui demandai : « Connaissez-vous Soleil ? », il ne me répondit pas. Je lui reposai la question, cette fois-ci avec plus d’aplomb. « Connaissez-vous Soleil ? ». Le vieil homme fixa son regard sur moi et fronça les sourcils. Puis, il murmura « Oui. C’est ma fille. ». En regardant plus attentivement, je remarquai entre eux une ressemblance. Ils avaient les mêmes yeux étincelants, presque enflammés. J’ajoutai alors : « Où est-elle ? ». Il se contenta d’affirmer qu’elle était chez sa grand-mère.

Une impression étrange se dégageait de cet homme. Je ne lui faisais pas confiance, on aurait dit qu’il attendait quelqu’un. Il se dirigea sans un mot vers une pièce située à l’étage, en haut de l’escalier. Sur la porte de cette pièce, il était écrit « laboratoire ». Je le suivis, plaçant ma confiance en Soleil qui m’avait, grâce à ses indications, menée ici. Tout à coup, je le vis prendre une canne, et, avant même que je puisse réagir, je fus assommé.

Histoire 03
Les 5e du collège Chevreul (Lyon2e)

3/ La mémoire perdue

La mémoire perdue
Un bruit de claquement de porte me réveille soudain. Je perçois alors un sifflement assourdissant dans mon cerveau. Je ressens des picotements lancinants qui s’emparent de mon corps. Je suis allongée et ligotée sur ce qui me semble être une table d’examen. J’entends de lourds pas écrasants provenant du couloir. À travers l’entrebâillement de la porte, je vois un éclat de lumière. Quelques minutes plus tard, la porte s’ouvre dans un grincement et un homme imposant, armé, au regard malsain apparait.
A l’autre bout de la ville, Sol attend...
Je patiente dans le van, mon regard se perd au loin. Je me souviens des longues soirées d’été de mon enfance durant lesquelles je m’amusais. Puis je m’enfonce plus profondément dans mes souvenirs, me remémorant le jour où mes parents sont morts dans un incendie. Un torrent de larmes envahit mes yeux, le chagrin me noie, cela est douloureux. Soudain un raclement de gorge me sort de ma rêverie. C’est Teddy Riner qui m’accompagne dans ce voyage et qui me voyant songeuse me demande si je vais bien. Je hoche la tête et lui avoue mon inquiétude pour Marie Curie.
Tic tac tic tac tic tac… Je scrute la trotteuse de ma montre. Marie Curie est partie depuis plus d’une heure, sa mission était pourtant simple, donner la formule chimique du polonium et du radium au professeur Ursule afin de servir la prochaine mission du Projet Anticipation. Pourquoi ne revient-elle pas ? Je suis envahie par un mauvais pressentiment. Une tempête de pensées se propage dans ma tête. Puis je sens mon cœur battre au- delà de ses limites, mes mains tremblent, ma gorge se noue, mes jambes flageolent, de l’eau coule le long de ma colonne vertébrale.
L’inquiétude l’emportant, je décide de partir à sa recherche. Nous prenons le van, ne connaissant pas l’état dans lequel nous allons trouver Marie. Nous passons par la grande avenue aussi vite que l’éclair quand soudain je freine et stoppe le van. A travers le pare-brise, nous apercevons deux camions bien trop modernes pour ce coin de bidonville. Ils sont garés en face de nous. Nous tournons alors dans une rue parallèle, nous ne voyons rien à part quelques poubelles renversées et des fleurs fanées mais personne, seulement un silence de mort. Tout cela nous semble suspect.
Nous arrivons au milieu des bois et découvrons une « maison-forêt » parfaitement fondue dans le décor. Il s’agit du laboratoire. Nous entrons et sentons une odeur de mécanique. Nous gravissons les grands escaliers grinçants et découvrons Marie allongée sur une table d’examen, pieds et poings liés, des câbles relient son crâne à une machine « mange-mémoire ». J’en avais déjà vu une lors d’une exposition en 3689 sur le thème des Guerres imaginaires. Ce traitre de professeur Ursule m’avait menti. Il voulait servir le Grand Effondrement en empêchant la découverte des radiations. Mon inquiétude était donc fondée.
Comment ai-je pu placer ma confiance en lui ? Je me crispe, ma vision se floute, ma gorge se serre, je me retiens de fondre en larmes, je broie du noir. D’un coup ma colère l’emporte sur ma tristesse. Je vois rouge, tout mon corps est en feu, ma respiration est haletante. Je tente de me raisonner en m’adressant à moi-même des paroles encourageantes. ”Arrête, contrôle-toi” me dis-je avant de rentrer dans le laboratoire, suivie de Teddy qui s’efforce de me calmer et de m’empêcher de foncer tête baissée contre le professeur Ursule tel un bélier enragé. Je tente de me dominer. Je prends une profonde inspiration et intime l’ordre au professeur Ursule de nous remettre Marie Curie. “Vous arrivez trop tard bande d’anticipateurs” annonce-t-il dans un rire démoniaque. Nous comprenons que les paroles ne nous mèneront à rien, nous devons agir vite. Teddy saisit une seringue anesthésiante laissée à l’abandon sur le plan de travail et la plante violemment dans la carotide du malfaiteur machiavélique. Celui-ci vacille et tombe net. Profitant de son inconscience, je débranche Marie Curie de la machine « mange-mémoire” et Teddy la soulève comme un sac de sable, une véritable poupée de chiffons.
Par chance, alors que Teddy hisse Marie Curie sur ses épaules, je vois une échelle aussi vieille que Mathusalem. Par pur instinct, nous courons à la fenêtre et descendons par celle-ci. Je nous précipite dans le van, pensant y être en sécurité avant de voir deux camions de bandits juste derrière nous. Sans aucune hésitation j’appuie sur l’accélérateur, et quitte la forêt. Voilà que commence une vraie course poursuite. Je fais un virage brusque qui réveille en sursaut Marie Curie, secouée et paniquée. Connaissant les lieux, je les perds dans les ruelles puis rejoins ma maison d’enfance qui se situe à la périphérie du bidonville. Elle est abandonnée, vieille, et a quelques fissures. Cette course poursuite m’a fait vivre un cauchemar sans fin.
Une fois au calme dans la maison, je me tourne vers Marie.
 “Est-ce que tu vas bien ?
Marie déconcertée me répond :
 Qui êtes-vous ?
 C’est moi, Sol ! Tu ne te souviens pas de moi ?
 “Non... me répond-t-elle.
 Mais enfin tu es Marie Curie, la célèbre inventrice de la radioactivité. Tu es connue dans le monde entier et tes travaux ont permis une grande avancée dans la médecine et la chirurgie, sans toi des milliers de personnes seraient mortes. Une vision dystopique s’impose à moi, le monde serait plongé dans les ténèbres de la science, les hommes agonisants dans les lits d’hôpitaux sans espoir de survie. Les comparses du professeur Ursule transformant les formules chimiques en machines atomiques infernales destinées à anéantir le monde avant même que Marie Curie ne fasse ses découvertes prodigieuses. Que va devenir l’humanité ?

Histoire 03
Les 3e5 du collège Joliot-Curie (Bron)

4/ La délivrance

Je revenais progressivement à moi. Ma vision était floue, ainsi que les souvenirs de ce qui s’était passé. Je distinguais pourtant dans l’ombre de la pièce une longue silhouette qui s’affairait autour d’une machine émettant une étrange lumière rouge. C’était Ursule, oui, c’était bien lui, qui travaillait encore à ses maudites expériences. Il fallait l’arrêter à tout prix !
Je cherchais alors à me lever. C’est seulement à ce moment-là que je compris que j’étais ligoté à ma chaise. Impossible d’agir dans ces conditions.
Soudain, j’entendis un bruissement d’étoffes derrière moi. Une femme était entrée. Elle me fit signe de me taire et m’adressa un sourire discret. C’était Sol ! Je la reconnus immédiatement malgré son déguisement. Elle avait réussi à se faire passer pour une servante et elle arrivait dans le laboratoire munie d’un seau et d’un balai. Quelle ingéniosité ! J’étais sauvé. Restait à trouver le moyen d’arrêter Ursule.
Celui-ci, tout occupé à finaliser sa machine atomique, ne prêtait pas attention à ce qui se passait derrière lui.
Sol se faufila derrière moi et sortit discrètement un couteau avec lequel elle coupa les liens qui me retenaient. J’étais libre. Sans un mot, elle me glissa dans la main un coton imbibé d’un produit : c’était pour endormir le professeur Ursule !
Le moment était venu pour moi de mettre en pratique tout ce que j’avais appris au judo ! Sans un bruit, je me lève, m’approche du professeur toujours occupé à mettre au point sa machine...
Le voici par terre, endormi ! Tout ça s’était passé très calmement, sans bruit. C’est à peine si le professeur Ursule avait eu le temps de pousser un léger cri en se sentant basculer. J’avais réussi à l’immobiliser au sol, grâce à une belle clé de bras. Merci le judo ! Et ensuite, j’ai pu très vite l’endormir grâce au chloroforme. Merci Sol !
Sol me regardait avec fierté. Mais il ne fallait pas traîner à présent. Ensemble nous avons traîné le professeur jusqu’à une deuxième pièce et l’avons attaché à une machine : il ne devait pas s’échapper, il ne devait plus continuer ses plans maléfiques !
C’est alors qu’il y eut un bruit sourd, comme une porte qui se referme. Un autre scientifique était là. Figé. Son regard passait du professeur attaché à la table à Sol puis à moi. Il semblait tellement surpris de la situation qu’il ne parvenait pas à articuler un mot. Ce silence me paraissait interminable. Soudain un sourire éclaira son visage.
« Que faites-vous ici ? » nous demanda-t-il. « Qui êtes-vous ? »
– Et vous ?
– Je m’appelle Badro, je travaille ici. J’ai été recruté il y a quelques années par le professeur Ursule pour, me disait-il alors, « sauver l’humanité »... Mais est-ce la manipulation des produits ? Est-ce la surcharge de travail ? Je ne sais pas... Toujours est-il que le professeur Ursule est devenu fou, complètement fou. Les dernières machines qu’il mettait au point, semblables à des bombes d’une puissance inconnue jusque là, auraient pu rayer de la carte un pays tout entier. Il le savait, mais continuait malgré tout ses recherches infernales. Plus rien ne l’arrêtait. Il était comme possédé par une force maléfique. Et moi, j’assistais impuissant à ses manoeuvres. J’étais devenu son prisonnier.
Quel soulagement de le voir enfin arrêté ! Mais qui êtes-vous donc tous les deux ? Des envoyés du ciel ?
– Non, ce n’est pas tout à fait ça, dis-je dans un sourire, même si nous venons de loin, de très loin...
Sol me fit un clin d’oeil.
– Savez-vous que ces éléments chimiques découverts par le professeur peuvent aussi guérir les malades ? On va vous expliquer.