1/ L’auto-stoppeur de Bois Joli
Théo : Je fais partie d’un programme scientifique appelé Projet Anticipation, qui consiste à modifier des évènements du passé pour améliorer l’avenir. Et je voyage dans le temps.
Vieille mère et ses sœurs m’ont sauvé la vie. Elles étaient les scientifiques les plus brillantes et les plus en avance de leur époque. Lorsqu’elles ont compris que le monde ne survivrait pas à la folie des puissants, elles ont construit au cœur du désert du Sahara, dans un bunker à plus de cent mètres sous terre, une ville protégée où elles accueillent et forment les voyageurs comme moi.
Notre mission est de retourner dans le passé, avant le Grand Effondrement pour sauver les personnes qui par leur bonté, leur ouverture aux autres, leur esprit libre et créatif rendaient le monde plus harmonieux et plus juste. Vieille mère et les sœurs les appelaient Les Vulnérables. Elles faisaient le pari que s’ils étaient nombreux, Les Vulnérables pourraient influencer le cours de l’histoire et empêcher le Grand Effondrement.
Cette fois, je devais sauver Max, un garçon qui vivait dans un village appelé Bois Joli. Cette mission n’était pas ordinaire pour moi, je connaissais Bois Joli car je venais moi aussi de ce village. Ma famille y vivait encore et c’est là que j’étais mort.
Dans le bunker que nous appelions juste la Cité, nous ne vieillissions plus. Vieille mère et les sœurs avaient trouvé un sérum pour arrêter l’usure des corps. Nous conservions la même apparence pour toujours. Pour moi c’était celle d’un garçon de seize ans.
La mission Max est allée au-delà de mes espérances.
Max : J’ai grandi dans un village appelé Bois Joli avec une vieille église au centre, la mairie en face, plusieurs petits commerces Ça c’est pour la grande place. Autour, il y a le village, des forêts immenses, une rivière mystérieuse et un cimetière où reposent des personnes qui ont été aimées et le demeurent.
J’ai quatorze ans, j’aime le judo et je suis plutôt bon. Pas Teddy Riner mais assez pour que le petit club de Bois Joli me dirige vers celui plus compétitif de…appelons le Grande Ville.
Pour aller à Grande Ville, il n’y a qu’un bus toutes les heures, si on le rate, tant pis. Il faut que je vous dise quelque chose à mon propos : je suis tête en l’air. Ma mère, dans ses bons jours dit que je suis rêveur et quand elle est agacée, qu’elle n’a jamais vu quelqu’un d’aussi désorganisé que moi. Mais je compense depuis si longtemps que c’est devenu un réflexe chez moi. Je suis expert en plans B improbables. Ma vie est un chemin de traverse, j’ai lu quelque part qu’on appelait aussi cela chemin d’opportunité : les routes qui se tracent dans l’herbe, la caillasse ou la terre parce que quelqu’un a dû s’inventer une trajectoire inédite.
Pour moi, le chemin d’opportunité a été l’auto-stop.
La première fois, un monsieur s’est arrêté. Je venais de rater mon bus, et je levais le pouce au bord de la route sans grande conviction quand cet homme a ralenti jusqu’à moi : « Je te dépose ? » Ce jour-là, j’étais avec un garçon de mon âge croisé à l’abris-bus, il m’a dit qu’il s’appelait Théo. La minute d’avant, je le défiais : « Viens on tente l’auto-stop. »
J’ai dit à l’homme : « vous pouvez prendre mon copain aussi, on va au même endroit. » mais quand je me suis retourné, Théo s’était volatilisé alors que j’aurais juré qu’il courrait juste derrière moi.
Le chauffeur m’a expliqué qu’il venait rendre visite à son fils tous les jours à cette heure-ci. Il avait l’air triste, j’ai pensé à une histoire de divorce compliqué. Je ne savais pas comment réagir à ce chagrin d’adulte, j’étais plus à l’aise quand on a commencé à parler de notre adoration commune pour Teddy Riner.
2/ L’odeur de l’essence
Nous avions longuement échangé avec le chauffeur à propos de Teddy Riner, une passion que nous partagions tous les deux. C’était étrange de ressentir cela après vingt-cinq années passées enfermée dans le bunker du Sahara, avec les cinq mêmes femmes, à chercher des solutions pour l’avenir.
Sur la route, j’aperçus une famille dans un parc. Cette scène me ramena soudain à mon enfance, quand je jouais avec ma sœur. Une vague de nostalgie m’envahit. Je nous revoyais, riant et courant sans imaginer qu’un jour le monde serait détruit… Sans savoir que je perdrais ma famille, mes amis, et que seules six femmes resteraient à mes côtés.
Quand le taxi arriva à Montreuil, Sol aperçut Orelsan en train de créer une nouvelle musique. Il lui proposa de l’aider à composer. Elle accepta.
« Bonjour, je viens de l’année 2050. Nous sommes les six dernières femmes sur Terre. Nous vivons cachées dans un bunker dans le Sahara. Je suis venue te chercher pour que nous puissions, ensemble, rendre le monde meilleur.
— Bonjour… Vous venez de 2050 ? Mais que s’est-il passé depuis tout ce temps ?, répondit Orelsan.
— Une bombe nucléaire a détruit notre ville. Depuis, nous essayons de sauver le plus de personnes possible. »
Nous lui avons alors parlé de la machine à remonter le temps. Il ne nous a pas crus. Il a même appelé la sécurité, mais avant qu’elle n’arrive, j’ai eu le temps de le pousser dans le coffre du taxi.
Pendant le trajet, je lui ai expliqué calmement la situation, en donnant plus de détails. Peu à peu, il a fini par me croire.
« D’accord… mais pourquoi êtes-vous venues me chercher, moi ?
— Parce que tu es quelqu’un de juste et très apprécié. On ne veut pas te perdre.
— OK… merci d’être venue me chercher », dit-il, touché.
Il était heureux d’être la personne choisie pour participer à la reconstruction du monde. Sans hésiter, il entra dans la machine avec moi.
« Tu es contre le racisme, et ta musique rend les gens heureux dans le futur. Tu envoies des messages forts, et… j’aime beaucoup ce que tu fais ! »
Nous marchâmes vers la sortie, suivies de près par Orelsan.
« Voilà la machine », dis-je en la désignant du doigt.
Il la regarda avec étonnement.
La machine était rectangulaire, haute d’environ deux mètres, avec une bande jaune et noire qui en soulignait les contours.
« C’est ça, votre machine ? », lança Orelsan, perplexe.
3/ Le bouton rouge
Orelsan était critique à l’égard de la machine et ne la trouvait pas terrible. « Ce n’est pas ça qui va nous aider à voyager dans le temps », ajouta-t-il. Je m’énervai et criai que je n’avais pas besoin de lui. Je pensais seulement à Soleil… Qu’était-elle en train de faire en ce moment ? Était-elle en danger ?
Tandis que je me laissai aller à mes pensées, Orelsan appuya au hasard sur un bouton rouge. Tout à coup, il disparut. Avec empressement, je fis de même, prenant garde d’emporter la machine avec moi. Nous fûmes téléportés à New-York ! Cela ne devait pas être un hasard, une raison nous avait conduit ici. Le sol était recouvert de peinture, on pouvait y lire les écritures suivantes : « Tout droit », puis « tourne à gauche » et « tourne à droite ». Je marchais comme à mon habitude aux côtés de mon nouvel ami mais je sentais que quelque chose d’étrange se passait. J’entendis soudain un cri strident et des pleurs. Je vis au loin un incendie. Des gens couraient dans tous les sens, paniqués.
Un homme s’arrêta à côté de nous et nous dit : « Fuyez, une guerre vient de se déclencher ! ». Je regardai autour de moi, les habitants hurlaient, prenaient leurs enfants à bout de bras et essayaient de s’enfuir, tandis que d’autres appelaient les secours. Au milieu de ce chaos, Orelsan me cria : « Suis-moi ! ».
Nous nous frayâmes un chemin pour tenter d’avancer malgré le feu. Il se propageait très rapidement. À côté de nous, je vis une voiture de police. Elle s’arrêta et deux policiers ouvrirent le coffre pour nous donner des bâches anti-feu. Un bâtiment explosa et des débris volèrent de toutes parts. Des victimes étaient à l’intérieur, nous utilisâmes donc nos bâches pour couvrir nos visages et aller les aider. Orelsan risqua sa vie en essayant de les sauver. En vain. Quand nous arrivâmes, ils étaient déjà morts.
Tandis que nous reprenions notre souffle et tentions de ne pas nous laisser submerger par l’angoisse, je me mis à crier : « La machine ! ». Avec emballement, j’ajoutai : « Nous devons l’utiliser pour remonter le temps, juste avant l’explosion, et sortir toutes les victimes ! ». Orelsan s’empressa d’appuyer sur le bouton rouge, c’était notre seul espoir.
Il disparut et j’entendis non loin de moi deux hommes parler à toute allure. Je distinguais les mots « bombe » et « nucléaire ». Le scénario catastrophe était en train de se produire. Je les suivis jusqu’à un garage, tâchant d’être discret. Par mégarde, j’écrasai une bouteille d’eau, leurs deux yeux se tournèrent alors vers moi. Je pris mes jambes à mon cou, ils me pourchassaient. Dans ma course folle, je sautai sur le capot d’un taxi qui traversait la ville. L’état de panique général était tel qu’il n’avait même pas remarqué ma présence sur le toit de son véhicule. À mesure que le taxi s’éloignait de la ville, il y avait moins d’enfants qui hurlaient et de flammes qui se répandaient. Je commençai à retrouver mon calme intérieur mais mon corps, lui, était en alerte.
Mon cœur se mit à s’accélérer, j’étais déshydraté, il n’y avait plus la moindre goutte d’eau dans mon corps… La machine devait s’être cassée en me téléportant, et m’avait donc mis gravement en danger. Qu’allais-je devenir ?
4/ Accident de téléportation
Chapitre IV : Accident de téléportation
(...) se répandaient. Je commençai à retrouver mon calme intérieur mais mon corps, lui, était en alerte.
Mon cœur se mit à s’accélérer, j’étais déshydraté, il n’y avait plus la moindre goutte d’eau dans mon corps… La machine devait s’être cassée en me téléportant, et m’avait donc mis gravement en danger. Qu’allais-je devenir ?
Si je restais ici, si personne ne venait à mon aide, je n’allais pas pouvoir survivre au chaos. La machine de téléportation était conçue pour résister à des températures extrêmes, aux ouragans les plus furieux et même au souffle d’une bombe atomique, elle allait plus vite que la lumière et le son, c’est seulement ainsi qu’elle nous permettait d’être transférer d’un lieu à un autre à la vitesse de l’éclair, de remonter le temps ou de.voyager dans l’avenir. Cette machine était au coeur du projet Anticipation, c’est grâce à elle que nous, les agents, pouvions revenir dans le passé, dans l’époque d’avant le Grand Effondrement, quand la folie des hommes avait fini par détruire le monde.
Sol et les autres mères avaient créé cet appareil qui défiait toutes les lois physique et quantique grâce à leur savoir poussé dans les nouvelles technologies.
Ma machine n’était pas censée se casser. La téléportation était une opération délicate elle se fait à une très grande vitesse et soumet le corps à rude épreuve. Les agents qui la piloter et s’en servir dans leur mission suivent une formation et un programme extrêmement exigeant : une alimentation spécifique, un entrainement sportif de haut niveau, un état de santé impeccable et seuls les meilleurs sont sélectionnés pour voyager dans le temps.
J’essayais de distinguer ce qu’il y avait hors de mon appareil échoué mais je n’y arrivais pas. Il faisait nuit noire. Mon corps sonné était comme désarticulé, me faisait horriblement souffrir et en même temps, je me sentais groggy, un peu comme si je flottais sur un nuage. Les deux sensations étaient contradictoires et normales, c’est ce qu’on nous avait expliqué lors des séances de simulation. Il ne devait pas y avoir d’accidents car s’il y en avait un, il serait si violent que le pilote n’y survivrait pas. Lors de notre apprentissage, nous apprenions comment réagir si nous avions la chance de survivre à la catastrophe. Dans un premier temps, il fallait amorcer le processus de SOS : le clavier était dissimulé derrière le tableau de bord. Il envoyait un message directement dans le bunker afin que des secours me soient envoyés.
Je ne savais pas combien de temps l’attente allait durer. Les missions des agents auprès des Vulnérables étaient de plus en plus compliquées. Nous avions subi beaucoup de pertes ces derniers mois, comme si quelque chose s’accélérait dans le temps et essayait de nous faire échouer à sauver les Vulnérables. Alors si le message n’était pas brouillé par les capteurs ennemis, et arrivait bien au bunker, il faudrait encore que l’on puisse m’envoyer une équipe de sauveteurs prêts à se transporter ici grâce aux coordonnées GPS contenues dans mon message.
J’étais de plus en plus fatigué, j’avais utilisé ma dernière capsule d’hydratation depuis plus de vingt quatre heures. Si personne ne venait à mon secours dans les prochaines heures, je craignais de mourir de soif.
J’essayais d’oublier la douleur causée par le choc de la chute, mon angoisse. Ma tête me faisait beaucoup souffrir, j’avais le sentiment que mon genou était brisé et du sang me coulait du nez. « Conséquences normales de l’accident » J’essayais de me concentré, ne pas être concentrée sur mon état physique, j’essayai de penser à autre chose, mon esprit dériva sur ma dernière rencontre avec mon. Vulnérable. Tout s’était bien passé après des péripéties incroyables et des moments d’inquiétude où j’ai vraiment cru que je ne pourrais pas aller au bout de ma mission. Maintenant je n’aspirais qu’à rentrer dans le bunker où je serai pris en charge par les meilleurs médecins avant de repartir vers de nouvelles aventures.
1/ L’auto-stoppeur de Bois Joli
Théo : Je fais partie d’un programme scientifique appelé Projet Anticipation, qui consiste à modifier des évènements du passé pour améliorer l’avenir. Et je voyage dans le temps.
Vieille mère et ses sœurs m’ont sauvé la vie. Elles étaient les scientifiques les plus brillantes et les plus en avance de leur époque. Lorsqu’elles ont compris que le monde ne survivrait pas à la folie des puissants, elles ont construit au cœur du désert du Sahara, dans un bunker à plus de cent mètres sous terre, une ville protégée où elles accueillent et forment les voyageurs comme moi.
Notre mission est de retourner dans le passé, avant le Grand Effondrement pour sauver les personnes qui par leur bonté, leur ouverture aux autres, leur esprit libre et créatif rendaient le monde plus harmonieux et plus juste. Vieille mère et les sœurs les appelaient Les Vulnérables. Elles faisaient le pari que s’ils étaient nombreux, Les Vulnérables pourraient influencer le cours de l’histoire et empêcher le Grand Effondrement.
Cette fois, je devais sauver Max, un garçon qui vivait dans un village appelé Bois Joli. Cette mission n’était pas ordinaire pour moi, je connaissais Bois Joli car je venais moi aussi de ce village. Ma famille y vivait encore et c’est là que j’étais mort.
Dans le bunker que nous appelions juste la Cité, nous ne vieillissions plus. Vieille mère et les sœurs avaient trouvé un sérum pour arrêter l’usure des corps. Nous conservions la même apparence pour toujours. Pour moi c’était celle d’un garçon de seize ans.
La mission Max est allée au-delà de mes espérances.
Max : J’ai grandi dans un village appelé Bois Joli avec une vieille église au centre, la mairie en face, plusieurs petits commerces Ça c’est pour la grande place. Autour, il y a le village, des forêts immenses, une rivière mystérieuse et un cimetière où reposent des personnes qui ont été aimées et le demeurent.
J’ai quatorze ans, j’aime le judo et je suis plutôt bon. Pas Teddy Riner mais assez pour que le petit club de Bois Joli me dirige vers celui plus compétitif de…appelons le Grande Ville.
Pour aller à Grande Ville, il n’y a qu’un bus toutes les heures, si on le rate, tant pis. Il faut que je vous dise quelque chose à mon propos : je suis tête en l’air. Ma mère, dans ses bons jours dit que je suis rêveur et quand elle est agacée, qu’elle n’a jamais vu quelqu’un d’aussi désorganisé que moi. Mais je compense depuis si longtemps que c’est devenu un réflexe chez moi. Je suis expert en plans B improbables. Ma vie est un chemin de traverse, j’ai lu quelque part qu’on appelait aussi cela chemin d’opportunité : les routes qui se tracent dans l’herbe, la caillasse ou la terre parce que quelqu’un a dû s’inventer une trajectoire inédite.
Pour moi, le chemin d’opportunité a été l’auto-stop.
La première fois, un monsieur s’est arrêté. Je venais de rater mon bus, et je levais le pouce au bord de la route sans grande conviction quand cet homme a ralenti jusqu’à moi : « Je te dépose ? » Ce jour-là, j’étais avec un garçon de mon âge croisé à l’abris-bus, il m’a dit qu’il s’appelait Théo. La minute d’avant, je le défiais : « Viens on tente l’auto-stop. »
J’ai dit à l’homme : « vous pouvez prendre mon copain aussi, on va au même endroit. » mais quand je me suis retourné, Théo s’était volatilisé alors que j’aurais juré qu’il courrait juste derrière moi.
Le chauffeur m’a expliqué qu’il venait rendre visite à son fils tous les jours à cette heure-ci. Il avait l’air triste, j’ai pensé à une histoire de divorce compliqué. Je ne savais pas comment réagir à ce chagrin d’adulte, j’étais plus à l’aise quand on a commencé à parler de notre adoration commune pour Teddy Riner.
2/ L’odeur de l’essence
Nous avions longuement échangé avec le chauffeur à propos de Teddy Riner, une passion que nous partagions tous les deux. C’était étrange de ressentir cela après vingt-cinq années passées enfermée dans le bunker du Sahara, avec les cinq mêmes femmes, à chercher des solutions pour l’avenir.
Sur la route, j’aperçus une famille dans un parc. Cette scène me ramena soudain à mon enfance, quand je jouais avec ma sœur. Une vague de nostalgie m’envahit. Je nous revoyais, riant et courant sans imaginer qu’un jour le monde serait détruit… Sans savoir que je perdrais ma famille, mes amis, et que seules six femmes resteraient à mes côtés.
Quand le taxi arriva à Montreuil, Sol aperçut Orelsan en train de créer une nouvelle musique. Il lui proposa de l’aider à composer. Elle accepta.
« Bonjour, je viens de l’année 2050. Nous sommes les six dernières femmes sur Terre. Nous vivons cachées dans un bunker dans le Sahara. Je suis venue te chercher pour que nous puissions, ensemble, rendre le monde meilleur.
— Bonjour… Vous venez de 2050 ? Mais que s’est-il passé depuis tout ce temps ?, répondit Orelsan.
— Une bombe nucléaire a détruit notre ville. Depuis, nous essayons de sauver le plus de personnes possible. »
Nous lui avons alors parlé de la machine à remonter le temps. Il ne nous a pas crus. Il a même appelé la sécurité, mais avant qu’elle n’arrive, j’ai eu le temps de le pousser dans le coffre du taxi.
Pendant le trajet, je lui ai expliqué calmement la situation, en donnant plus de détails. Peu à peu, il a fini par me croire.
« D’accord… mais pourquoi êtes-vous venues me chercher, moi ?
— Parce que tu es quelqu’un de juste et très apprécié. On ne veut pas te perdre.
— OK… merci d’être venue me chercher », dit-il, touché.
Il était heureux d’être la personne choisie pour participer à la reconstruction du monde. Sans hésiter, il entra dans la machine avec moi.
« Tu es contre le racisme, et ta musique rend les gens heureux dans le futur. Tu envoies des messages forts, et… j’aime beaucoup ce que tu fais ! »
Nous marchâmes vers la sortie, suivies de près par Orelsan.
« Voilà la machine », dis-je en la désignant du doigt.
Il la regarda avec étonnement.
La machine était rectangulaire, haute d’environ deux mètres, avec une bande jaune et noire qui en soulignait les contours.
« C’est ça, votre machine ? », lança Orelsan, perplexe.
3/ Le bouton rouge
Orelsan était critique à l’égard de la machine et ne la trouvait pas terrible. « Ce n’est pas ça qui va nous aider à voyager dans le temps », ajouta-t-il. Je m’énervai et criai que je n’avais pas besoin de lui. Je pensais seulement à Soleil… Qu’était-elle en train de faire en ce moment ? Était-elle en danger ?
Tandis que je me laissai aller à mes pensées, Orelsan appuya au hasard sur un bouton rouge. Tout à coup, il disparut. Avec empressement, je fis de même, prenant garde d’emporter la machine avec moi. Nous fûmes téléportés à New-York ! Cela ne devait pas être un hasard, une raison nous avait conduit ici. Le sol était recouvert de peinture, on pouvait y lire les écritures suivantes : « Tout droit », puis « tourne à gauche » et « tourne à droite ». Je marchais comme à mon habitude aux côtés de mon nouvel ami mais je sentais que quelque chose d’étrange se passait. J’entendis soudain un cri strident et des pleurs. Je vis au loin un incendie. Des gens couraient dans tous les sens, paniqués.
Un homme s’arrêta à côté de nous et nous dit : « Fuyez, une guerre vient de se déclencher ! ». Je regardai autour de moi, les habitants hurlaient, prenaient leurs enfants à bout de bras et essayaient de s’enfuir, tandis que d’autres appelaient les secours. Au milieu de ce chaos, Orelsan me cria : « Suis-moi ! ».
Nous nous frayâmes un chemin pour tenter d’avancer malgré le feu. Il se propageait très rapidement. À côté de nous, je vis une voiture de police. Elle s’arrêta et deux policiers ouvrirent le coffre pour nous donner des bâches anti-feu. Un bâtiment explosa et des débris volèrent de toutes parts. Des victimes étaient à l’intérieur, nous utilisâmes donc nos bâches pour couvrir nos visages et aller les aider. Orelsan risqua sa vie en essayant de les sauver. En vain. Quand nous arrivâmes, ils étaient déjà morts.
Tandis que nous reprenions notre souffle et tentions de ne pas nous laisser submerger par l’angoisse, je me mis à crier : « La machine ! ». Avec emballement, j’ajoutai : « Nous devons l’utiliser pour remonter le temps, juste avant l’explosion, et sortir toutes les victimes ! ». Orelsan s’empressa d’appuyer sur le bouton rouge, c’était notre seul espoir.
Il disparut et j’entendis non loin de moi deux hommes parler à toute allure. Je distinguais les mots « bombe » et « nucléaire ». Le scénario catastrophe était en train de se produire. Je les suivis jusqu’à un garage, tâchant d’être discret. Par mégarde, j’écrasai une bouteille d’eau, leurs deux yeux se tournèrent alors vers moi. Je pris mes jambes à mon cou, ils me pourchassaient. Dans ma course folle, je sautai sur le capot d’un taxi qui traversait la ville. L’état de panique général était tel qu’il n’avait même pas remarqué ma présence sur le toit de son véhicule. À mesure que le taxi s’éloignait de la ville, il y avait moins d’enfants qui hurlaient et de flammes qui se répandaient. Je commençai à retrouver mon calme intérieur mais mon corps, lui, était en alerte.
Mon cœur se mit à s’accélérer, j’étais déshydraté, il n’y avait plus la moindre goutte d’eau dans mon corps… La machine devait s’être cassée en me téléportant, et m’avait donc mis gravement en danger. Qu’allais-je devenir ?
4/ Accident de téléportation
Chapitre IV : Accident de téléportation
(...) se répandaient. Je commençai à retrouver mon calme intérieur mais mon corps, lui, était en alerte.
Mon cœur se mit à s’accélérer, j’étais déshydraté, il n’y avait plus la moindre goutte d’eau dans mon corps… La machine devait s’être cassée en me téléportant, et m’avait donc mis gravement en danger. Qu’allais-je devenir ?
Si je restais ici, si personne ne venait à mon aide, je n’allais pas pouvoir survivre au chaos. La machine de téléportation était conçue pour résister à des températures extrêmes, aux ouragans les plus furieux et même au souffle d’une bombe atomique, elle allait plus vite que la lumière et le son, c’est seulement ainsi qu’elle nous permettait d’être transférer d’un lieu à un autre à la vitesse de l’éclair, de remonter le temps ou de.voyager dans l’avenir. Cette machine était au coeur du projet Anticipation, c’est grâce à elle que nous, les agents, pouvions revenir dans le passé, dans l’époque d’avant le Grand Effondrement, quand la folie des hommes avait fini par détruire le monde.
Sol et les autres mères avaient créé cet appareil qui défiait toutes les lois physique et quantique grâce à leur savoir poussé dans les nouvelles technologies.
Ma machine n’était pas censée se casser. La téléportation était une opération délicate elle se fait à une très grande vitesse et soumet le corps à rude épreuve. Les agents qui la piloter et s’en servir dans leur mission suivent une formation et un programme extrêmement exigeant : une alimentation spécifique, un entrainement sportif de haut niveau, un état de santé impeccable et seuls les meilleurs sont sélectionnés pour voyager dans le temps.
J’essayais de distinguer ce qu’il y avait hors de mon appareil échoué mais je n’y arrivais pas. Il faisait nuit noire. Mon corps sonné était comme désarticulé, me faisait horriblement souffrir et en même temps, je me sentais groggy, un peu comme si je flottais sur un nuage. Les deux sensations étaient contradictoires et normales, c’est ce qu’on nous avait expliqué lors des séances de simulation. Il ne devait pas y avoir d’accidents car s’il y en avait un, il serait si violent que le pilote n’y survivrait pas. Lors de notre apprentissage, nous apprenions comment réagir si nous avions la chance de survivre à la catastrophe. Dans un premier temps, il fallait amorcer le processus de SOS : le clavier était dissimulé derrière le tableau de bord. Il envoyait un message directement dans le bunker afin que des secours me soient envoyés.
Je ne savais pas combien de temps l’attente allait durer. Les missions des agents auprès des Vulnérables étaient de plus en plus compliquées. Nous avions subi beaucoup de pertes ces derniers mois, comme si quelque chose s’accélérait dans le temps et essayait de nous faire échouer à sauver les Vulnérables. Alors si le message n’était pas brouillé par les capteurs ennemis, et arrivait bien au bunker, il faudrait encore que l’on puisse m’envoyer une équipe de sauveteurs prêts à se transporter ici grâce aux coordonnées GPS contenues dans mon message.
J’étais de plus en plus fatigué, j’avais utilisé ma dernière capsule d’hydratation depuis plus de vingt quatre heures. Si personne ne venait à mon secours dans les prochaines heures, je craignais de mourir de soif.
J’essayais d’oublier la douleur causée par le choc de la chute, mon angoisse. Ma tête me faisait beaucoup souffrir, j’avais le sentiment que mon genou était brisé et du sang me coulait du nez. « Conséquences normales de l’accident » J’essayais de me concentré, ne pas être concentrée sur mon état physique, j’essayai de penser à autre chose, mon esprit dériva sur ma dernière rencontre avec mon. Vulnérable. Tout s’était bien passé après des péripéties incroyables et des moments d’inquiétude où j’ai vraiment cru que je ne pourrais pas aller au bout de ma mission. Maintenant je n’aspirais qu’à rentrer dans le bunker où je serai pris en charge par les meilleurs médecins avant de repartir vers de nouvelles aventures.